CONCLUSIONS DU IiI FORUM MONDIAL DU VIN RIOJA III MILENIO
La troisième édition du Forum Mondial du Vin se tenue à La Rioja, avec la présence d’un grand nombre de professionnels du secteur appartenant à toutes les filières, producteurs, chercheurs, viniculteurs, négociants et administrations. Le débat, qui a été vaste et riche, a confirmé la diversité des stratégies productrices qui existent. Nous tacherons, cependant, dans les conclusions suivantes, de faire le point sur les aspects les plus importants qui ont été abordés. Une nouvelle publication recueillera, ultérieurement, la totalité des exposés et des tables-rondes.
1.- Il existe des possibilités d’amélioration des conditions de culture qui permettent de garantir une réduction des coûts de production sans porter préjudice à la qualité. L’introduction de nouveaux systèmes de conduite du vignoble, comme, par exemple, le "cordon", le "double rideau" ou le "cordon libre", peuvent faciliter la mécanisation de la taille et permettre de profiter de tous les avantages offerts par le milieu dans lequel se développe la culture.
2.- La base et le fondement d’une viticulture de qualité doivent s’appuyer sur l’adaptation et le respect de l’environnement. Nous devons adapter la culture sous tous ses aspects, de l’utilisation des espèces traditionnelles de la région, de celles qui peuvent profiter le mieux possible des conditions du sol, du climat et de l’environnement aux systèmes de culture, mécanisations inclue, adaptables et compatibles avec le milieu géophysique où elle a lieu.
3.- Les différentes pratiques oenologiques, basées sur les différentes conceptions d’utilisation de la technologie doivent toujours poursuivre un objectif commun: la qualité des produits obtenus et l’adaptation des vins élaborés conformément aux demandes de qualité des consommateurs.
4.- En tant que base exclusivement technologique, n’importe laquelle des pratiques oenologiques respectant à tout moment la santé et la sécurité des consommateurs peut être éthiquement acceptable.
Dans ce sens, les pays émergents possèdent un important atout compétitif en raison de leur adaptation rapide aux innovations.
5.- Les pratiques oenologiques éthiquement correctes seraient celles qui n’auraient aucun risque pour la santé, qui ne confondraient pas le consommateur final, qui respecteraient une composition minimum non variable de ce que nous considérons comme du vin et qui, finalement, ne généreraient pas de concurrence déloyale.
6.- L’application de la technologie à l’élaboration de vins peut engager des avantages commerciaux importants lorsque les produits sont destinés à certains secteurs de consommateurs très cibles. Il existe effectivement des consommateurs que nous pouvons définir comme "consommateurs sophistiqués", qui seraient prêts à payer plus pour obtenir une garantie de qualité qui serait le fruit de l’application de certaines technologies.
7.- La tradition mal comprise peut devenir un ennemi. Il faut faire la différence entre le savoir-faire transmis de génération en génération et la conservation, à outrance, de pratiques inadéquates sous le seul prétexte qu’elles étaient mises en œuvre aux temps jadis. Il ne faut conserver que ce que la connaissance et l’héritage traditionnel ont de positif et incorporer les avances technologiques pour atteindre une plus grande et meilleure qualité.
8.- Ce que nous pourrions dénommer la "viticulture d’équilibre", apparaît, à priori, comme le meilleur état des vignobles et donc, aller au-delà dans la connaissance des espèces et de leur diversité génétique, du sol, des facteurs de production, des densités de plantation, du climat, etc., semble être le chemin indispensable pour nous rapprocher le plus possible de cet état idéal qui devrait produire les meilleurs raisins à partir desquels pourront être élaborés les meilleurs vins.
9.- L’analyse sensorielle ne doit pas être limitée à la dégustation réalisée par des experts, de cette façon nous n’obtenons qu’une référence de ce que pensent les professionnels du vin sur le produit dégusté, et par conséquent, nous perdons la référence de ce que pensent et sentent les consommateurs qui, en fin de compte, sont les vrais destinataires finaux de l’activité vitivinicole. Il s’avère donc nécessaire d’établir des systèmes de dégustations ou d’analyses sensorielles auprès des consommateurs. Cela permettra de mettre en contact, de façon réelle, les différents services de la société vitivinicole et les goûts des consommateurs et de développer ainsi, au plus juste, les vins qui vont recevoir une meilleure acceptation de la part du client. De cette façon, on pourra établir des systèmes de "recherche sensorielle stratégique" pour le développement de nouveaux produits, l’identification des tendances et les éventuelles possibilités d’amélioration de l’activité.
10.- Pour servir de complément au panel de dégustateurs, interne ou externe d’une société, le développement de nouveaux outils comme le panel électronique d’arômes offre de nouvelles possibilités qui ne remplaceront pas l’analyse sensorielle humaine mais qui serviront de complément idéal à cette dernière. Les succès récemment obtenus dans ce sens sont très encourageants pour les sociétés qui pourront disposer d’outils pratiques et utiles. L’étape suivante devrait porter sur les analyses du goût et de la couleur.
11.- Le vin doit prendre exemple du développement commercial réalisé à travers la publicité par d’autres produits, comme la bière, qui, en partant d’une base plus ou moins commune, a réussi à s’implanter entre les consommateurs du monde entier de façon importante. Il faut revoir les campagnes publicitaires et promotionnelles du vin, en modifiant, si nécessaire, l’image transmise par ce produit. Etiquettes, typographies, couleurs, présentations, marques, etc., doivent être adaptées de sorte à arriver de façon plus simple mais plus directe au consommateur.
12.- La taille et la dispersion en de nombreuses petites caves ne devraient pas empêcher que le produit soit reconnu, que la marque soit appréciée, cela n’est pas exclusif aux grandes marques et à la grande distribution – quoique ce soit souvent le cas-, il est possible d’atteindre une notoriété importante sur les marchés et la reconnaissance des consommateurs avec des marques de plus petites tailles mais qui savent faire valoir leurs produits à travers des campagnes bien ciblées. Dans le monde de la mode il existe des exemples flagrants comme Armani ou Bvlgari.
13.- Il faut rapprocher la publicité et la communication à d’autres formules d’images ayant plus d’impact, comme l’humour ou la jeunesse. Nous ne pouvons conserver le cliché de la bouteille pleine de toiles d’araignées en associant toujours le vin à la tradition, à l’ancien. Il existe de nombreuses formes, plus attrayantes d’atteindre le consommateur tout en conservant ce rapport avec la culture et le traditionnel.
14.- Publicité, communication et marketing doivent aller de la main pour créer cette image de marque que nous souhaitons vendre, en fonction de ce que nous désirons vendre et d’à qui nous voulons vendre. Pour cela, il faut exploiter aussi bien les ressources économiques que l’imagination et il faut prendre comme exemple les succès remportés par des campagnes réalisées par d’autres secteurs à l’intérieur et en dehors de notre pays. Dans le cadre de la communication, le vin peut et doit être traité comme n’importe quel autre produit tout en exploitant ses spécificités. La simplicité est la meilleure voie créative pour communiquer dans le monde du vin, dans ce sens il faut suivre le dicton américain "less is more" (moins c’est plus)
15.- L’Europe doit profiter de ses atouts et il apparaît nécessaire de faire la concurrence aux nouveaux producteurs en utilisant leurs propres armes, qualité et prix, mais également avec une valeur ajoutée que ces pays peuvent difficilement posséder: tradition, histoire et culture. Nous devons pénétrer, avec des garanties de succès, sur les marchés de gamme moyenne et basse et pour cela il faut réviser et rendre plus flexibles les normes réglementaires qui affectent ces différents types de vins.
16.- Nous ne pouvons considérer le vin comme un produit alcoolisé mais comme un héritage de notre culture et de nos traditions qui, entre autres, contient de l’alcool. Nous sommes conscients, et c’est ainsi que nous devons le transmettre à la société, que le vin est un composant de base de notre diète et que la consommation responsable de vin, en plus d’être bénéficiaire pour la santé, ne provoque, en aucun, l’alcoolisme. Il ne doit donc être traité ni comme une drogue, ni comme les autres boissons non traditionnelles à haute concentration alcoolique.
17.- Nous réunissons toutes les caractéristiques nécessaires pour pouvoir concurrencer les nouveaux pays producteurs et conquérir de nouveaux marchés, nous possédons la qualité suffisante puisque au cours des 25 dernières années, le bond en avant qualitatif de nos produits est plus qu’évident. Il ne nous reste plus qu’à faire converger les intérêts des différentes filières et que la production et la commercialisation aillent de la main, ce qui rend absolument nécessaire un accord national entre tous et chacun des intervenants du monde vitivinicole. Cet accord cadre pourrait avoir la formule de Plan Stratégique Espagnol s’il était accepté et ratifié par la majorité.
18.- En tant que produit lié au monde rural, base de l’alimentation, la gastronomie, la culture et la tradition européenne, la fiscalité applicable au vin doit être différente de celle des autres produits. La non-considération du vin comme produit alcoolisé pourrait bien servir de base fondamentale pour la considération différente, distincte et distante par rapport aux autres boissons. Nous considérons donc suffisante l’application de l’accise au taux 0, aux effets de contrôle, comme la formule la plus correcte. D’autre part, nous considérons également que cette accise au taux 0 devrait s’étendre à tous et à chacun des pays membres dans le but de trouver une homogénéité fiscale entre tous les états membres de l’Union Européenne.
19.- La concurrence des sociétés en provenance des pays émergents devrait servir de stimulation pour adapter les structures entrepreneuriales du vieux continent et pour repositionner, à la hausse, nos productions sur les marchés. Il ne sert à rien de se plaindre sur leurs possibles atouts viticoles et œnologiques, nous devons au contraire remettre en cause nos stratégies productives et commerciales. Nous devons chercher de nouvelles voies comme la concentration de la distribution et nous ne pouvons supporter de variations brusques sur les prix de la matière première ou des produits finis. Nous devons être suffisamment flexibles pour prévoir les circonstances du marché à l’avance, pour mettre en œuvre les stratégies nécessaires et pour adopter les mesures précises afin d’ éviter ces oscillations démesurées.
20.- Il existe différents modèles vitivinicoles de par le monde, qui sont considérés valables s’ils sont établis sur la recherche de la qualité des produits et le respect scrupuleux de la santé. Le modèle traditionnel européen est toujours valable si nous ne mettons pas en avant la pratique à outrance des méthodes et des systèmes ancestraux et que nous incorporons les technologies nécessaires et les mécanismes agréés et stratégiques de futur qui facilitent l’augmentation de la qualité tout en respectant la tradition et le lien avec le milieu rural européen.
21.- Il s’en d´écoule qu’il devient absolument nécessaire d’établir un Plan Stratégique Espagnol, intégré au sein d’un futur Plan Stratégique Européen, qui analyse les circonstances de départ de nos productions; qui étudie les possibilités de structuration des filières et qui développe les mesures nécessaires pour récupérer le leadership moral au niveau mondial
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